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LA FRANCE CRUE

LA FRANCE CRUE

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Audrie : "J'ai longtemps résisté au changement"

Audrie : "J'ai longtemps résisté au changement"

Avec le cru, Audrie a trouvé la sérénité dans l'assiette comme dans la vie. Élevée aux pâtes et passée par le végétarisme, la découverte tardive de son intolérance au gluten l'a décidé à changer radicalement d'alimentation. Récit de son parcours.

Audrie : "J'ai longtemps résisté au changement"

Dans sa petite maison de Céret (Pyrénées-Orientales), Audrie expérimente, goûte, invente. Les recettes s'étalent sur la table de la salle à manger, toutes annotées avec soin par la trentenaire expatriée. Si Audrie est à des kilomètres de son Montréal natal, elle est encore plus loin des menus de son enfance. Riz de chou-fleur, sauce au kale, caramel cru... La Québécoise a pourtant longtemps repoussé les limites de sa santé avant d'adopter l'alimentation vivante.

Voir la recette des makis crus d'Audrie

Élevée au « faux lait en poudre des années 80 », Audrie revient de loin côté cuisine. Quand elle repense à la gastronomie familiale, la jeune femme dresse un constat doux-amère :

« Chez moi, on ne mangeait que des pâtes. Très peu de frais, très peu de diversité et pas mal de nourriture industrielle. J'ai découvert les épinards à 15 ans... »

Audrie se souvient de la miche toute blanche que sa mère achetait presque chaque jour. L'odeur du pain chaud dans la voiture mettait la petite fille en ébullition. « Je faisais un trou pour manger toute la mie », se souvient-elle.

Ado devenue végétarienne, elle s'organise une petite révolution alimentaire et se réserve une armoire qu'elle remplit de ce qui lui fait plaisir, ce qu'on ne trouve pas dans le frigo familial. « J'avais une passion pour le houmous », confie-t-elle dans un sourire. "Je n'étais jamais malade. J'ai développé tranquillement des problèmes digestifs."

Quand elle quitte le nid pour un appartement, son assiette prend pourtant une toute autre tournure. L'abondance de céréales de son régime végétarien a dégradé sa santé et ses années d'étudiante sont aussi des années de pauvreté pendant lesquelles la soupe asiatique en boite se décline à tous les parfums. « J'ai eu des problèmes d'anorexie. Je mangeais très peu et quand je mangeais, c'était surtout des trucs comme des muffins Dunkin Donuts ou trois bols de céréales d'affilée... » Audrie ne se soucie alors guère de son intolérance au lactose et s'accoutume aux petites indigestions de produits laitiers.

« De mes 0 à mes 22 ans, j'ai eu une alimentation dégueulasse », tranche-t-elle.

Autour de 2005, son petit ami marseillais d'alors « francise » un peu ses habitudes. La viande fait son retour, accompagnée de légumes. C'est aussi à cette époque que ses troubles digestifs s'intensifient et lui valent quelques séjours à l’hôpital. On l'examine sans succès pour un ulcère à l'estomac. D'autres tests ne donnent pas plus de pistes aux médecins. « Je ne savais pas quoi faire, raconte Audrie. Je n'arrivais plus à manger quoi que ce soit. Plus rien ne passait car mon système digestif était trop irrité mais personne n'avait de solution à me proposer. Je prenais des médicaments puissants pour que mon estomac secrète moins d'acide, les mêmes que prenaient ma mère et ma grand-mère. Dans ma famille, les médicaments font partie de la vie. »

Obstinée par nature, la jeune femme refuse de se résoudre à cette fatalité. Elle suit un stage à l'Académie de l'Alimentation Vivante de Crudessence, à Montréal, mais ne se sent pas prête à bouleverser ses habitudes. Et quand elle entend parler de la maladie cœliaque ou intolérance au gluten, cette pathologie auto-immune qui se traduit par une destruction des parois de l'intestin grêle, la jeune femme fait là encore acte de résistance . « Je ne voulais pas me l'avouer et me dire que je devais changer les choses. »

Sa situation s'aggrave à l'époque où elle rencontre son futur mari Simon, qu'elle suivra bientôt en France. Audrie met ça sur le compte du stress du déménagement. La mère du jeune homme lui propose alors de suivre le régime Seignalet, qui supprime notamment les produits laitiers et le gluten.

« Je ne pouvais pas concevoir que je ne mangerais plus de pain, raconte Audrie. J'ai tenu une semaine. Mais chaque fois que je retombais sur du gluten, j'étais malade. J'en sens la moindre trace. » Elle bannie alors tous les aliments qui en contiennent de son assiette. « Ça m'a beaucoup aidé, je n'avais plus besoin de médicaments mais les problèmes de digestion étaient toujours là. Je ne comprenais pas que ça ne se règle pas. Je me demandais jusqu'où j'allais devoir aller dans le changement. »

C'est en France, dans les Pyrénées-Orientales, qu'Audrie va faire un pas décisif pour sa santé. Un ami passé au cru du jour au lendemain lui raconte régulièrement combien il se sent mieux. A la suite de son mari qui remplit la maison de pommes et de bananes, la jeune femme intègre progressivement plus de fruits et de légumes crus à son régime. « J'ai longtemps résisté au changement mais quand ma santé m'y a obligé, j'ai pu voir les effets positifs et me dire que, finalement, le changement a du bon ! »

Longtemps sceptique, elle avoue avoir « du mal à y croire complètement » mais ne peut que constater son rétablissement éclair. « J'ai tellement plus d'énergie. Mais surtout, j'ai compris un truc : les intestins sont la base de la santé. C'est la clé. Juste pour ça, je ne reviendrais pas en arrière. »

Jamais son intolérance au gluten ne lui aura été diagnostiquée. « C'est une nouvelle maladie. Lorsque j'étais enfant, ça ne devait même pas faire partie de la formation des médecins », déplore Audrie. Depuis 2013, elle œuvre dans sa Petite Fabrique à la confection de produits sans gluten, œufs ni lait. « Dans mes gâteaux, il y a toujours du sucre donc ce n'est pas la panacée mais ça peut engager une réflexion chez les gens »

Audrie compte bien secouer encore un peu plus les mentalités avec l'ouverture à Céret d'un bar à jus et petite restauration, prévu pour le printemps 2015. « Un endroit où je pourrais me dire que ce qu'il y a à manger est toujours moins pire qu'à côté. » Déterminée, elle cultive la patience et la pédagogie à l'égard des autres. Car Audrie le sait mieux que personne : le changement prend du temps.