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LA FRANCE CRUE

LA FRANCE CRUE

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Thierry Casasnovas : "Manger cru, je trouvais cela trop extrême"

Thierry Casasnovas : "Manger cru, je trouvais cela trop extrême"

Chef de file du "crudivorisme" pour certains, attaqué frontalement par d'autres, Thierry Casasnovas est l'un des Youtubeurs francophones siglé "alimentation vivante" les plus populaires.

En 2011, c'est extrêmement amaigri qu'il tourne les premières vidéos d'une chaîne qui cumule aujourd'hui huit millions de vues. Si le discours du catalan ne peut s'appuyer sur un physique à la Gilles Lartigot, son travail de vulgarisation de la physiologie séduit ou rebute sans nuance. Il reste néanmoins une référence pour de nombreuses personnes ayant expérimenté le "tout cru". Nous l'avons rencontré pour une looongue interview afin que chacun puisse se faire une idée. Passionné altruiste ou leader illuminé ? Comme pour ses vidéos, il faut un peu de temps devant soit pour explorer la planète Casasnovas...

Thierry Casasnovas : "Manger cru, je trouvais cela trop extrême"
Bonjour Thierry, peux-tu te présenter ?

J'ai 41 ans, je suis né en Catalogne, au bord de la mer. Il y a cinq ans, je me suis mis à faire des vidéos pour parler d'alimentation crue et, petit à petit, ça a pris de l'ampleur. Rapidement, j'y ai inclus d'autres thèmes. J'ai commencé à m'intéresser aux conditions qui font que l'être humain fonctionne à peu près et je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas que l'alimentation.

Tu es quelqu'un de prolixe, on te le reproche parfois. Pourrais-tu nous résumer « La Physiologie pour les Nuls » en quelques mots ?

Pour simplifier les choses, le corps a deux besoins : recevoir une alimentation appropriée, et avoir l'énergie nerveuse pour pouvoir l'utiliser. Je parle d'alimentation à tous les niveaux : nutrition, relations, environnement... Entre le parc où nous sommes maintenant et un appartement qui donne sur le mur d'en face, ces deux contextes ne te nourrissent pas de la même façon.

Le système glandulaire est ce qui permet au système nerveux de faire fonctionner les organes. Une fois qu'un individu a suffisamment de ressources nerveuses et qu'il s'alimente de façon appropriée, il fonctionne de manière correcte. Il y a une période d'ajustement pendant laquelle les produits toxiques accumulés s'évacuent. C'est assez simple, ça paraît « Bisounours » ! Mais si tu as les ressources adéquates, tu décrasses et ça redémarre.

Le problème est le manque d'énergie nerveuse. Certaines personnes témoignent que manger cru les a transformé en trois mois, tous leurs problèmes de santé ont disparu, ils se mettent à courir des 50kms... D'autres se sont mis à manger cru il y a un an, avec beaucoup de sérieux, et leur état ne bouge pas. La seule différence est l'énergie nerveuse. Quand on dit de quelqu'un qu'il est « fatigué de naissance », ce n'est pas pour rien ! Il y a vraiment des gens qui naissent épuisés et pour qui le simple fait de manger cru ne suffit pas. Pour le reste des gens, ça fonctionne.

Comment tu as connu l'alimentation vivante ?

De force ! J'étais mourant, j'avais une tuberculose très avancée, une hépatite C et une pancréatite aiguë. J'avais perdu la moitié de mon poids puisque je pesais à peu près 30 kilos pour 1m75, pour un poids de forme à 60 kilos. Je ne pouvais plus marcher, j'ai enchaîné plusieurs arrêts cardiaques. Entre mes 27 ans et mes 33 ans, j'ai passé quasiment sept ans d'agonie.

A 27 ans, je voyageais en vélo au sud du Maroc et j'ai attrapé une infection à la salmonelle. On m'a traité avec une antibio-thérapie très costaud. J'ai commencé à perdre du poids, à tomber en dépression. Bref, je me suis effondré et j'ai passé sept ans à décliner petit à petit. Je me suis retrouvé mourant. J'ai fais des prélèvements dans plusieurs hôpitaux. J'en ai un souvenir plutôt douloureux. Je me sentais comme un numéro qu'on passe en revue.

J'avais deux copains qui mangeaient cru et m'avaient dit plusieurs fois que cela pouvait me changer la vie. J'essayais déjà de travailler sur mon alimentation mais en étant végétarien, avec beaucoup de céréales et de légumineuses. Je pensais manger à peu près bien. Quand, les médecins ont finit par me dire texto : « Rentrez chez vous pour mourir », j'ai quand même essayé de manger cru.

Tu peux raconter tes débuts ? Comment as-tu commencé un jour à "manger cru" ?

C'était compliqué, comme pour tout le monde. On passe d'un carburant à un autre, on a aucun repère. Dans mon cas, il y avait en plus une forme d'urgence. On m'a mis un ou deux livres entre les mains et j'ai essayé de bricoler avec ça. J'ai aussi été accueilli par une personne qui était crudivore depuis plus de trente ans et qui m'a donné les rudiments de ce mode alimentaire. Ensuite, j'ai mangé, mangé, mangé. Des quantités énormes. C'était drôle parce que je n'avais pas les codes, mis à part mes quelques bouquins. Il n'y avait pas de vidéos sur le Net. Cela a explosé en huit ans. J'ai donc fait beaucoup d'erreurs et je me retrouvais malade certains soirs d'avoir trop mangé du même truc.

Mais en l'espace de quelques mois, j'ai repris du poids, j'ai arrêté de craché du sang, mon pancréas s'est remis. Au bout d'un moment, je n'ai plus fait d'analyses. Pendant les trois années qui suivirent, j'ai passé mon temps à essayer de me retaper. Après ça, je me suis retrouvé retapé mais je m'ennuyais totalement. Je vivais de peu, je ne faisais rien. J'ai donc décidé de partir en Indonésie et c'est là que j'ai commencé à faire des vidéos.

Il ne faut pas croire que mon but était altruiste au départ. Je voulais partager pour ne pas rester sans rien faire ! Ensuite, cela a pris beaucoup plus d'ampleur pour moi, sans que ce soit réfléchi.

Tu as fait des erreurs à éviter lorsque l'on change d'alimentation ?

Oui, beaucoup trop de mélange, trop en quantité. J'avais une compulsion alimentaire et beaucoup de mal à me combler. Je me suis surchargé en fruits secs, ce que tout le monde fait au début je crois. Je crois qu'on a tous besoin de cette lourdeur des oléagineux au début. Petit à petit, ce besoin décroît. Je crois que ce ne sont pas tant des erreurs que des passages obligés.

On passe quand même d'un carburant très concentré, car il y a peu d'eau dans l'alimentation cuite, à un carburant relativement « déconcentré ». Il faut aussi le temps pour que ton système intestinal s'adapte et assimile bien. Il y a obligatoirement quelques temps pendant lesquels « ça crachote » un peu, comme lorsque l'on change de carburant pour un moteur.

Ce qui intéressant quand on commence à manger cru, c'est qu'il n'y a pas tant de règles diététiques à connaître. Tu n'es pas soumis à leurs diktats, tu peux faire ta propre expérience. Certains ont essayé de théoriser, de chiffrer les calories, etc... Je trouve que c'est vraiment rater la cible. Pour une fois, on peut se détacher du modèle culpabilisant dont on a l'habitude pour apprendre à être dans le plaisir et à ressentir nos vrais besoins.

Au début, on fait donc obligatoirement des erreurs. Parfois, on va par exemple au-delà de ses besoins, et c'est comme cela que l'on apprend à fixer nos limites. C'est un apprentissage à faire.

Que faisais-tu avant de te lancer sur Youtube ?

J'ai été enseignant six mois après une formation de physicien à la fac. Ensuite, j'ai fait beaucoup de voyages à vélo, en Europe, en Afrique du Nord. Au cours de mes balades, j'ai rencontré un boulanger bio avec qui j'ai appris à faire du pain et ça m'a vraiment plu. J'adorais la gestuelle. Je me suis construit un four à bois et j'ai été boulanger pendant plusieurs années. Puis, je me suis aperçu que j'étais horriblement malade à chaque fois que je mangeais une tranche de pain. J'avais beau aimé ça, j'ai dû arrêter.

En tout cas, je n'avais aucune formation en biologie. Quand on me disait « Tu as la tuberculose », je ne savais même pas à quoi cela renvoyait. Je savais que ça touchait les poumons mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Comme je suis resté alité pas mal de mois et que je voulais comprendre le fonctionnement du corps humain, je me suis mis à lire des livres de physiologie. Ça m'a passionné. De même, quand j'ai vu que l'alimentation vivante avait des résultats, j'ai voulu comprendre pourquoi pour pouvoir l'expliquer aux autres, justifier pourquoi le corps peut fonctionner ou dysfonctionner.

Le rôle de l'alimentation vivante dans la santé t'as paru logique ?

C'est d'une logique totale. Plus je fais des recherches et plus il m’apparaît que le corps humain fonctionne selon une logique implacable. Il n'y a pas de hasard. Je suis persuadé que cela s'applique au niveau physique mais aussi à un niveau plus spirituel. Si tu te comportes de telle façon, tu auras automatiquement un retour négatif. Si tu te comportes autrement, le retour sera positif. Cela vaut pour l'alimentation, les relations aux autres... Le problème est que nous ne connaissons pas ces règles donc nous ne sommes pas à même de les respecter.

J'aurais aimé que l'on me dise cela quand j'étais jeune. Je mangeais n'importe quoi, d'autant plus que je n'avais pas d'argent. Si l'on m'avait dit quelles en seraient les conséquences, j'aurais peut-être fait d'autres choix. Mais on me tenait un discours selon lequel l'alimentation n'a rien à voir avec l'état de santé. Pourquoi réfléchir à mon alimentation si cela n'a rien à voir ?

Tu peux nous décrire ton « lifestyle » de jeunesse ?

Haha... Je faisais déjà des monodiètes à l'époque mais j'étais connu pour les monodiètes de chips de crevettes (rires) J'ai beaucoup bu, beaucoup fumé de cannabis. Arrivé à la fac, j'ai fait beaucoup d'escalade, d'alpinisme. C'était un mode de vie dans lequel on se donnait à fond la journée et on faisait la fête le soir, au sens où on l'entend à 20 ans.

Pendant ton voyage en Asie, comment as-tu tourné tes premières vidéos ?

J'utilisais mon téléphone accroché avec un élastique sur un bâton de bois ! Je trouvais ça fascinant de pouvoir faire des vidéos avec pas grand chose pour partager énormément. Mais cela intéressait bien moins de monde qu'aujourd'hui. Ma première vidéo a fait 100 vues, j'étais fier comme tout.

Il faut dire que j'avais une mauvaise tête à l'époque. Dans les premières vidéos, j'étais encore très faible, très maigre. On voit que je ne suis pas encore très bien mais il y a quand même eu quelques fous pour m'écouter parler de santé.

On a entendu dire que tu étais aujourd'hui naturopathe ?

Non, j'ai fait une formation avec Robert Morse, un naturopathe américain, mais ce n'est pas un diplôme reconnu en France. De toute façon, je cherchais surtout à rencontrer Robert Morse via cette formation. Ses vidéos m'avaient fasciné et je voulais passer du temps dans sa clinique.

L'alimentation vivante était déjà plus populaire aux États-Unis qu'en France ?

Oui, aux États-Unis, c'est la mode. Les jus, le cru : c'est très branché. Je ne dis pas ça au sens péjoratif. C'est simplement qu'aux États-Unis, il n'est pas tabou de dire qu'il a un lien entre ce que l'on mange et notre état de santé. Cela paraît une évidence. En France, dans certains milieux, au mieux, on ouvre de grands yeux, au pire, on te dit que c'est faux.

J'ai encore lu récemment un article dans lequel l'allergie au gluten était décrite comme un trouble psychiatrique, une fantasmagorie, le dernier truc que l'on a trouvé pour rejeter la responsabilité de ses problèmes psys sur la nourriture. Souvent, je pose la question aux gens : si ce n'est pas la nourriture, si ce n'est pas le rythme de vie, qu'est-ce-qui fait que l'on est aussi mal ? Aux États-Unis, ce lien est beaucoup mieux intégré.

Pourquoi ce lien se fait difficilement en France ?

Tout est lié, il y a peut-être des intérêts derrière. La France est très particulière au niveau de l'intrication entre pouvoir politique, pouvoir économique et ainsi de suite. La France est relativement « muselante ».

Ensuite, je ne sais pas s'il y a un particularisme français qui tienne à notre gastronomie. Cela génère parfois de la peur. Je me suis rendu compte que les personnes qui sont le plus dans le rejet sont parfois aussi celles qui se questionnent le plus. Mais on peut ne pas se sentir capable de changer sa façon de faire donc réagir par l’agressivité. Je ne sais pas ce qu'il y a de particulier en France mais c'est vrai que c'est parfois laborieux.

On peut comprendre qu'un tel virage soit difficile à opérer...

Pour certains, c'est difficile et pour d'autres très facile. Il y a des gens qui passent du jour au lendemain à l'alimentation vivante parce qu'ils sont prêts. Moi, je n'avais pas le choix, je n'ai aucun mérite. Quitte à mourir, autant essayer quelque chose. Mais cela faisait quelques années que je n'allais pas bien, que des gens autour de moi me parlaient d'alimentation crue et que je n'avais pourtant jamais essayé. Ça me semblait trop, je trouvais cela extrême, dogmatique.

Thierry Casasnovas : "Manger cru, je trouvais cela trop extrême"
Aujourd'hui, tu comptabilises pourtant des centaines de vidéos qui vont dans le sens de ce mode alimentaire.

Ça me fascine. J'ai l'impression d'avoir toujours quelque chose à découvrir. Ce qui me plaît le plus à présent est d'élargir le propos, de passer de la lucarne de l'alimentation au mode de vie dans son ensemble. Je me suis rendu compte que c'est tout notre mode de vie nous conduit à être malade physiquement, psychiquement, émotionnellement... C'est juste l'horreur alors que nous pourrions vivre tout le contraire, nous pourrions vivre quelque chose de somptueux. Notre corps et notre esprit sont conçus de manière à pouvoir vivre le paradis.

Je me suis vu mourir et j'aurais aimé qu'à l'époque on me donne des informations. J'ai eu la chance de survivre alors que personne n'aurait parié sur moi car certains m'ont donné l'info. J'ai donc la responsabilité de la faire passer aujourd'hui. J'essaie en tout cas de donner envie plutôt que de pointer du doigt ce qui ne va pas. J'essaie de faire passer de la joie, de dire « Allons-y ! Rajoutons des fruits, rajoutons des légumes et ne culpabilisons pas !" Des gens viennent me dire « Je mange encore ci ou ça »... Je m'en fiche !

En gros, je commençais à en avoir assez, chaque fois que je croisais quelqu 'un, que la personne ait besoin de se justifier par rapport à son régime alimentaire. Ça donne ce genre dialogue :

- « Oui, tu sais, je ne mange pas tout cru... »

- « On en a rien à faire. Est-ce que tu es bien avec ce que tu fais ? Tout ce que je peux te dire, c'est que si tu rajoutes des fruits et des légumes tu seras mieux. »

- « Oui, mais le samedi je suis chez ma grand-mère »

- « Tu ajoutes les autres jours »

- « Oui, mais le midi je suis à la cantine »

- « Et le soir, tu es chez toi ? Alors le soir, tu peux choisir ! »

Il faut arrêter de voir les empêchements et commencer à voir les possibilités. Je suis persuadé, et je le constate sans arrêt, que quiconque rajoute de l'alimentation vivante chaque fois qu'il en a la possibilité, va mieux. Si l'on en rajoute un petit peu, on va un peu mieux et c'est déjà ça. Si l'on en rajoute beaucoup, on va globalement beaucoup mieux.

Est-ce que manger cru à 100% est un objectif souhaitable ?

En tout cas, il est possible de manger à 100% cru et d'être en bonne santé. Pour prendre mon exemple, pendant mes deux premières années d'alimentation vivante, j'avais si faim que j'ai mangé des quantités énormes de cru sans me poser de questions. Et puis je voulais vivre. Ce n'est qu'après, une fois que je n'étais plus en danger, que j'ai fais le yoyo. Je ne vous raconte pas les compulsions boulimiques d'à peu près n'importe quoi. Il m'a fallu quelques temps pour me stabiliser.

Comme j'avais bien accroché avec le message des Américains et la théorie du 80/10/10 qui préconise très peu de gras, je mangeais beaucoup de fruits mais quelque chose n'était pas comblé. J'ai ajouté des produits gras et cela a bien calmé mes envies. Aujourd'hui, ça fait trois ou quatre ans que je mange 100% cru. Ce n'est pas que je m'interdise de manger cuit. Si je mangeais un plat de légumes cuits, ça ne me ferait pas de mal. C'est juste que je n'en ai strictement aucune envie.

Je pense que ça demande un peu de temps, un peu d'organisation et d'être dans le bon contexte. Il ne faut pas non plus tomber dans l'isolement social. Le côté social est quelque chose qui revient souvent. Je crois que lorsqu'on expérimente cette alimentation, il faut faire les choses le plus discrètement possible. Surtout ne pas faire de prosélytisme parce que l'on soulève en face de soi des montagnes de résistance.

D'une certaine manière, j'ai un peu triché de ce côté-là puisque j'étais tellement mal que je pouvais dire : « Je mange comme ça parce que je suis malade et je vais me retaper ». C'était un bon argument. Maintenant, ça ne marche plus (rires) Donc pour ceux qui ne peuvent pas utiliser cet argument-là, je crois qu'il faut surtout éviter d'en parler, répondre aux questions quand il y en a, et dire que l'on mène une expérience, pour voir.

Je pense que ça fait peur aux gens quand tu leur dis : « J'ai décidé de manger cru pour toute ma vie ». Qui peut légitimement dire ça ? Même si l'on est persuadé sur le moment, on ne sait pas ce qu'il peut se passer dans la vie. Par contre, cela sera mieux accepté si tu le vois comme une expérience pour laquelle tu te donnes un temps, parce que tu as entendu dire que manger beaucoup de fruits et légumes faisait du bien.

Au moins, si tu fais un choix différent à un moment donné parce que tu as envie de manger un peu plus de cuit par exemple, tu n'auras pas de problème de crédibilité par rapport à ton entourage. Voilà, ce sera mon conseil : « J'ai entendu dire qu'ils faisaient ça aux États-Unis, j'ai envie de voir si les Ricains ont raison ! »

Est-ce que tu as des convictions vegan qui ont germées depuis que tu manges « végétal cru » ?

C'est particulier pour moi. Je ne suis pas « vegan » au sens propre du terme. J'ai été végétarien une grosse partie de ma vie. J'ai beaucoup milité pour cette cause mais, dans la pratique, manger de la viande m'a aidé à un moment de ma vie. J'étais au plus faible quand j'ai commencé à manger cru et j'ai mangé des grandes quantités de viande crue. Je pense, de ma compréhension de la physiologie, que cela m'a sauvé la vie, étant donné que j'étais épuisé. Il me fallait une alimentation très dense et, surtout, tout ce que l'on trouve dans les produits animaux comme l'adrénaline.

Cela m'a mené à réfléchir à la consommation de produits animaux dans des cas particuliers. Dans l'absolu, je dirais que je n'ai aucun problème avec le fait de manger de la viande. Par contre, je ne supporte pas la souffrance animale. Le problème dans notre société est que si tu consommes des animaux, c'est qu'il y a eu souffrance.

Moi, j'ai fait le choix d'en manger de façon instinctive. Je sais que ça m'a sauvé la vie donc je ne juge personne. Mais on ne peut pas justifier le végétalisme par notre constitution parce qu'elle est adaptée à une petite consommation de produits animaux. Par contre, je pense que c'est une option tout à fait vivable qui a énormément d'avantages, étant donné le mode de production ignoble des produits animaux.

Je sais aussi qu'il y a des gens trop faibles pour qui se passer de viande peut être compliqué. Donc plutôt que de prôner le végétalisme, je prône le renforcement des organismes. Je sais qu'une fois que l'organisme est suffisamment costaud, on peut se permettre de faire ce choix-là. J'ai vu des gens très faibles faire le choix du végétarisme et pour lesquels ça n'était pas du tout adapté. Le problème est de savoir où en est la personne au niveau de sa constitution. Si l'on est pas en danger de mort et que l'on en consomme, il faut de toute façon que ce soit dans des proportions congrues, en toute petite quantité. Et, si tant est que l'on puisse rendre l'élevage acceptable, choisir des animaux élevés normalement.

De manière générale, j'évite d'entrer dans ce sujet. C'est extrêmement polémique, il y a beaucoup d'émotions là-dedans. Mais force est de constater que l'élevage actuel des animaux est inacceptable. On se retrouve dans une situation inextricable : il me semble que certaines personnes peuvent avoir physiologiquement besoin de viande mais ce à quoi ils ont accès n'est pas acceptable, éthiquement parlant. Il y a cette antinomie entre un besoin biologique et un contexte qui fait que les animaux ne vivent pas normalement. C'est inconciliable. Ça ne peut être qu'un choix personnel. Je me garde de donner des leçons sur ce sujet-là. Je préfère rester sur : « Augmentez les fruits et les légumes ! » Parce que tout le reste va décroître automatiquement : les céréales, les produits animaux...

Et puis, il n'y a pas que la bouffe dans la vie...

Oui, on parle d'alimentation mais, pour moi, le plus gros facteur de dysfonctionnement de l'être humain, est le délire du rythme de vie. Cela épuise le système nerveux bien plus que l'alimentation. C'est une espèce de conspiration folle dans laquelle, dès ton plus jeune âge, on te fait lever le matin pour aller à l'école. A 3-4 ans, on te donne quasiment un rythme de vie d'entreprise.

Nous sommes si épuisés qu'il est certain que nous ayons besoin de stimulants et que nous nous jetions sur l'alcool, les cigarettes, la viande, le café... L'épuisement nerveux est pire encore que l'alimentation. Quelqu'un qui a un système nerveux qui fonctionne à plein aurait la capacité de résister à une alimentation un peu délétère... Ça n'est jamais l'idéal et ce n'est pas sans conséquences.

Mais c'est ce qui explique que certaines personnes âgées qui mangent à peu près n'importe quoi n'aillent pas si mal. A leur époque, le rythme de vie n'avait rien à voir. En 60 ans, nous sommes passés d'une civilisation à une autre. Ce qu'on appelle l'ère numérique porte en elle un bon coup d'accélérateur : tu es soudain en relation avec des milliers de gens. C'est grisant mais nous ne sommes pas fait pour ça. C'est l'un des plus gros travers de notre société. Le truc de l'alimentation, c'est que c'est un facteur sur lequel tu peux jouer facilement, parfois plus facilement que sur ton rythme de vie.

On parle de ta passion des jus..?

Je sais que l'on m'a pris pour « Mr Jus » mais je n'ai jamais dit à personne de ne vivre que de jus. Je dis que c'est intéressant d'en ajouter quand on passe à l'alimentation vivante.

Je me base sur ce qui m'est arrivé. J'ai longtemps rejeté les jus en brandissant qu'il n'y a pas d'extracteur de jus dans la Nature, que nous sommes tous des bonobos en puissance... Mais je me suis retrouvé avec une centrifugeuse à la maison et des amis qui faisaient des jus. J'ai essayé quelques temps et j'ai senti un changement.

Là encore, j'ai fait des erreurs en expérimentant. Je me faisais beaucoup de jus de fruits et je me suis rendu compte que ça n'était pas idéal. Il est préférable de consommer les fruits entiers car sans les fibres, les sucres passent trop rapidement dans le sang et provoquent des à-coups glycémiques. Je sais maintenant que les jus de légumes sont plus intéressants. Il me semble que le vrai intérêt d'un extracteur de jus, c'est d'augmenter la quantité de légumes consommés. Donc pour résumer, boire des jus n'est pas un mode de vie ! C'est un plus agréable.

Dans l'absolu, c'est vrai que nous n'avons pas besoin de boire des jus. Mais dans certains cas, cela peut faire une grande différence. Certaines personnes ont les intestins si enflammés qu'ils ne peuvent pas supporter des fruits et légumes, donc des fibres, en grande quantité. Sauf qu'ils en ont besoin pour désenflammer leurs intestins, et les jus sont alors une bonne solution. Idem pour des personnes qui manquent vraiment de minéraux mais n'arrivent pas à manger autant de fruits et légumes qu'ils le voudraient.

Tu comprends qu'on puisse te voir comme « gourou » ?

Je ne fais vraiment rien pour ça et, franchement, je le pourrais. « 24h dans la vie de Thierry Casasnovas », « Thierry Casasnovas à la Biocoop »... Ce genre de vidéos marcheraient, entre nous soit dit ! Si je commençais à raconter ma vie, à présenter ma famille, à raconter des tranches de vie, ça marcherait à fond. Je ne veux surtout pas ça, au contraire. J'essaie d'étaler ma vie le moins possible. Ma vie privée n'a aucune importance, ce que je mange n'a aucune importance.

A la limite, je pourrais manger des pizzas et des pâtes : ça me concerne. Si je sais ce que je sais, et que j'en suis à manger des pizzas, c'est tant pis pour moi. Mais ça n'a pas d'importance ! Il se trouve que je préfère manger 100% cru mais ça n'est pas un dogme. Si, à un moment, je suis attiré par autre chose, ce n'est pas un souci. A titre personnel, j'adore les fruits et les légumes. Je me régale. J'ai tellement d'appétit pour les fruits et les légumes, qu'une fois que je les ai mangés je n'ai plus faim pour autre chose. Mais il y a un vrai danger à être « la personne en vue » sur un sujet. C'est pour cela que j'incite les gens à faire des vidéos, à reprendre le message.

On parlait d'éducation avant l'interview. L'intérêt de l'éducation telle qu'elle est faite est de tester notre capacité à obéir. Si on réforme sans arrêt les programmes scolaires, c'est que le contenu n'a en fait aucune importance. Ce que l'on valide, c'est ta capacité à te soumettre. Ça fonctionne très bien. Dès que l'on voit quelqu'un parler avec un peu d'assurance, un peu d'autorité et de conviction – c'est mon cas –, on se place en position d'infériorité et on boit ses paroles. Quand ça ne marche pas, on se rebelle et on le déboulonne. C'est un rapport vraiment infantile. Soit on se soumet, soit on déteste et on rejette. Il n'y a pas de juste milieu.

C'est pour cela que le site Régénère va maintenant relayer des vidéos d'autres personnes. Cela permettra d'avoir différents sons de cloches pour les gens qu recherchent des infos. Moi, j'ai ma personnalité, ma façon de parler, mon style, mon registre de langage, ma catégorie sociale d'une certaine manière. Je vais plaire à certaines personnes et créer un blocage total chez d'autres. Donc si des gens plus jeunes, des gens âgés, des Noirs, des Blancs portent ce message, on touchera plus de monde.

Donc, le risque d'être pris pour un gourou existe mais je n'y suis pour rien. Je fais tout pour éviter le vedettariat. En même temps, je te dis ça, mais lorsque j'ai rencontré Robert Morse, j'ai voulu prendre une photo avec lui. Dans mon bureau, j'ai mis les deux diplômes qu'il m'a donné et une photo de lui et moi au milieu ! Je suis comme tout le monde ! C'est ça qu'il est important de comprendre dans mes vidéos : il y a ce que je dis et ce que je fais, ne me placez pas plus haut. Moi aussi j'ai une vie, je sur-mange, je ne dors pas assez...

Thierry Casasnovas : "Manger cru, je trouvais cela trop extrême"
Écrire un livre, ça te rendrait trop mainstream ?

J'ai envie de devenir mainstream ! Pas pour avoir du succès mais pour que le message « explose ». Dans l'absolu, j'aimerais que le message soit véhiculé à des millions de personnes, par moi ou par d'autres. Si tu me demandes si je voudrais qu'on parle d'alimentation vivante au 20h de TF1, je te réponds oui. Mais pas actuellement parce que ça voudrait dire s'exposer et en prendre plein la figure.

Il y a un autre problème : je suis très peu patient et incapable de planifier les choses. Écrire un livre serait difficile pour moi. Quand je fais des vidéos, c'est que je suis en train de travailler sur un sujet et hop, je décide d'en parler. Je ne fais pas de montage, il y a des temps morts, je radote... Si je préparais ces vidéos, elles pourraient être beaucoup plus efficaces. Mais je n'ai pas envie, je n'aime pas travailler. Je fais ça spontanément, c'est ce que je sais faire. Un livre, ce serait trop de travail pour moi. D'autre part, j'essaie d'apporter ma contribution mais je ne prétends pas à l'exhaustivité. Un livre qui rassemble le meilleur, fait par des gens qui aiment écrire, serait plus utile.

En conclusion ?

Si je porte ce message, un peu obstinément, c'est que je me suis aperçu que l'on fait ce changement alimentaire d'abord parce que l'on est malade physiquement ou que l'on veut avoir plus d'énergie. Mais en fait, ce n'est pas le plan physique qui est le plus transformé. Le fonctionnement dans la tête est complètement bouleversé. J'étais quelqu'un de colérique, d'agressif, de querelleur... Cela a disparu et je suis devenu doux, paisible, encore un peu impatient mais ça se calme. Je ne suis pas Mère Thérésa mais je sais que je ne pourrais pas être heureux tout seul. C'est une notion collective pour moi. Si je veux vraiment être épanoui dans ce monde et que mes enfants le soient aussi, il faut qu'un changement s'opère au niveau individuel. C'est d'abord dans la tête que ça se passe, et je pense que l'alimentation est un facteur important à ce niveau-là.

La révolution crue, c'est pour bientôt ?

Peu importe. Je ne me pose même pas la question. Ce que je crois, c'est qu'à toutes les époques, dans différents mouvements, on sent toujours que « c'est le moment du réveil ! » Je te dis ça parce que, de part ma foi, j'ai fréquenté un moment les églises évangéliques. On te vendait toujours que c'était le moment de la grande révolution, à cet endroit précis. 200 km plus loin, des gens pensaient la même chose. Je crois que c'est un délire égotique humain qui crée cette illusion.

Mais honnêtement, je pense que les années à venir verront obligatoirement une réflexion sur le mode d'alimentation. Le tout cru, je ne sais pas. Mais il y a dix ans, le discours sur le bio, les produits laitiers et le gluten, c'était n'importe quoi. Aujourd'hui, des cantines passent au bio, au sans gluten... Je crois que nous n'avons de toute façon pas le choix. Est-ce que ça passera par le tout cru ? Je n'en sais rien et ce n'est pas obligatoirement nécessaire. Par contre, il faut une vraie réflexion sur notre mode alimentaire parce qu'entre manger tout cru et notre délire total d'aliments inadaptés à l'humain, il y a des gradations. Quand on parle de cuit, il y a une différence entre des crevettes frites et des légumes vapeur.

Si on ne réagit pas, nous allons de toute façon dans le mur. On sait qu'aux États-Unis, le nombre d'enfants autistes a augmenté de 30% entre 2012 et 2014. En Angleterre, 3% des enfants présentent un trouble du spectre autistique. Nous devenons de moins en moins viables. Les taux de fécondité chutent drastiquement. Le problème sera vite réglé, on ne pourra plus faire d'enfants. On se sera auto-stérilisé. Génial. Donc je pense qu'il y aura obligatoirement une modification des habitudes. C'est plus qu'un effet de mode.

Cette interview vous a plu ? Laissez vos impressions en commentaires et partagez-là !
Nous, on retourne se gaver de jus verts... C'est l'heure de l'apéro et c'est tellement bon quand il fait chaud !
On vous donne rendez-vous sur la page Facebook de la France Crue pour des nouvelles recettes, des témoignages et un épisode #6 qui se prépare...
***Happy dimanche soir les amis***